Cybersecurity

Loi Cyberscore : quelles plateformes doivent afficher leur note de sécurité ?

Loi Cyberscore du 3 mars 2022 : affichage obligatoire d'un score de cybersécurité par les grandes plateformes, audit PASSI, sanctions DGCCRF jusqu'à 375 000 €.

En une phrase. La loi n° 2022-309 du 3 mars 2022 (« loi Cyberscore ») impose aux grands opérateurs de plateformes en ligne, messageries et visioconférences grand public de faire réaliser un audit de cybersécurité par un prestataire qualifié par l’ANSSI, puis d’afficher aux consommateurs le résultat sous forme d’un score visuel coloré — sur le modèle du Nutri-score — sous peine d’amendes administratives DGCCRF pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.

Le Cyberscore procède d’une idée simple : les consommateurs choisissent leurs services numériques sans aucune information sur la sécurité de leurs données. La loi, issue d’une proposition du sénateur Laurent Lafon, crée un article L.111-7-3 dans le code de la consommation : l’information sur la sécurité devient une obligation précontractuelle, comme le prix.

Ce guide fait le point sur le périmètre, le contenu de l’audit, le calendrier d’application — dont la lenteur est le principal enseignement — et les sanctions.

Points clés

  • Texte : loi n° 2022-309 du 3 mars 2022, codifiée à l’article L.111-7-3 du code de la consommation.
  • Concernés : opérateurs de plateformes en ligne (places de marché, réseaux sociaux, moteurs, comparateurs), messageries et visioconférences grand public, au-delà de seuils de fréquentation fixés par décret.
  • Obligation : audit de sécurité par un prestataire d’audit qualifié ANSSI (PASSI), puis affichage d’un score « lisible, clair et compréhensible », accompagné d’une présentation visuelle colorée.
  • Le score couvre aussi la localisation des données hébergées.
  • Sanctions : amendes administratives DGCCRF jusqu’à 75 000 € / 375 000 € (régime de l’article L.131-4 du code de la consommation).

1. Ce que dit exactement la loi

L’article L.111-7-3 du code de la consommation impose aux opérateurs concernés de faire réaliser un audit de cybersécurité « portant sur la sécurisation et la localisation des données qu’ils hébergent, directement ou par l’intermédiaire d’un tiers, et sur leur propre sécurisation », par des prestataires d’audit qualifiés par l’ANSSI. Le résultat est présenté au consommateur « de façon lisible, claire et compréhensible », accompagné d’une « présentation ou expression complémentaire, au moyen d’un système d’information coloriel » — le fameux visuel type Nutri-score, du vert au rouge.

Trois éléments distinguent le dispositif :

  1. C’est du droit de la consommation, pas du droit de la cybersécurité : l’autorité de contrôle est la DGCCRF, et l’obligation s’analyse comme une information précontractuelle du consommateur.
  2. La localisation des données fait partie du score — écho direct aux débats de souveraineté qui traversent SecNumCloud, sa qualification par l’ANSSI et les transferts de données hors UE.
  3. L’audit est externalisé et qualifié : pas d’auto-déclaration ; le passage par un prestataire qualifié ANSSI garantit un standard homogène.

2. Qui est concerné ?

La loi vise les opérateurs de plateformes en ligne au sens de l’article L.111-7 du code de la consommation (intermédiation, référencement, mise en relation : places de marché, réseaux sociaux, moteurs de recherche, comparateurs), et l’étend expressément aux services de visioconférence et de messagerie instantanée non fournis à titre accessoire — ajout parlementaire pensé pour les Zoom, Teams, WhatsApp et consorts après l’explosion des usages du confinement.

Le critère déclencheur est un seuil d’activité sur le territoire français (nombre de visiteurs uniques ou d’utilisateurs) fixé par décret. C’est ici que le dispositif a calé : entrée en vigueur théorique le 1er octobre 2023, mais les textes d’application (décret fixant les seuils, arrêté définissant les critères de l’audit et le visuel) ont pris un retard considérable, largement documenté dans le débat public — si bien que l’affichage effectif des cyberscores n’a commencé à se matérialiser qu’avec la publication tardive de ces textes. La leçon institutionnelle vaut d’être notée : une obligation d’affichage sans décret d’application reste lettre morte, et la DGCCRF ne peut sanctionner un manquement dont les modalités ne sont pas définies.

Les PME françaises ne sont donc pas la cible : les seuils de fréquentation réservent l’obligation aux services grand public à très forte audience. Mais l’effet de bord commercial est réel — les acheteurs B2B s’inspirent du mécanisme et exigent des preuves d’audit équivalentes de leurs fournisseurs SaaS.

3. L’audit et le score

Le contenu de l’audit est défini par arrêté, sur des critères couvrant notamment : organisation de la sécurité et gouvernance (formalisées dans une PSSI), protection des données (chiffrement en transit et au repos), sécurisation de l’infrastructure et du développement, gestion des incidents et notifications, localisation de l’hébergement et sous-traitance. La parenté avec les fondamentaux est claire : guide d’hygiène ANSSI, exigences de l’article 32 du RGPD (sécurité des traitements) et bonnes pratiques d’audit (méthodologie).

Le résultat est synthétisé en une note de A à E, affichée sur le service. L’audit doit être renouvelé périodiquement (cycle défini par les textes d’application, avec renouvellement en cas d’évolution majeure du service).

4. Sanctions et articulation avec le RGPD

Le manquement à l’article L.111-7-3 est passible d’une amende administrative prononcée par la DGCCRF : jusqu’à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. C’est modeste comparé au RGPD (jusqu’à 4 % du CA mondial — voir le bilan des sanctions CNIL), mais le vrai coût est réputationnel : afficher un score D ou E sur sa page d’accueil est une sanction commerciale d’un genre nouveau.

L’articulation avec le RGPD est directe : les mêmes mesures de sécurité alimentent le cyberscore, la conformité article 32, et le dossier exigé en cas de contrôle CNIL. Une plateforme bien tenue documente une fois — mesures, hébergeurs, localisation des données, sous-traitants — et sert plusieurs obligations ; c’est exactement le socle que Legiscope maintient automatiquement à partir de la cartographie des traitements et des fournisseurs.

FAQ

Le Cyberscore concerne-t-il les sites e-commerce et les PME ?

Non, sauf à atteindre les seuils de fréquentation fixés par décret, calibrés pour les très grandes plateformes grand public. Une PME e-commerce reste en revanche pleinement soumise au RGPD, y compris l’article 32 — voir nos obligations RGPD e-commerce.

Qui réalise l’audit Cyberscore ?

Un prestataire d’audit qualifié par l’ANSSI — en pratique les prestataires PASSI. L’auto-évaluation n’est pas admise : le législateur a explicitement voulu un tiers qualifié pour garantir la comparabilité des scores.

Quelle différence entre le Cyberscore et le RGPD ?

Le RGPD protège les personnes dont les données sont traitées, avec la CNIL comme autorité et des obligations de fond ; le Cyberscore protège le consommateur en tant qu’acheteur d’un service, avec la DGCCRF comme autorité et une obligation de transparence. Les deux se cumulent : un score affiché n’exonère d’aucune obligation RGPD.

Que risque une plateforme qui n’affiche pas son cyberscore ?

Une amende administrative DGCCRF jusqu’à 375 000 € pour une personne morale, des injonctions, et l’exposition médiatique associée. Le risque le plus dissuasif reste l’affichage d’une mauvaise note face à des concurrents mieux notés.

Conclusion

Le Cyberscore transpose à la cybersécurité la mécanique qui a fait le succès du Nutri-score : rendre visible en un coup d’œil ce que le consommateur ne peut pas évaluer lui-même. Son déploiement laborieux — quatre ans entre la loi et les textes d’application — en fait aussi un cas d’école des limites de la régulation par décret. Pour les plateformes concernées, l’enjeu est désormais compétitif : le score se prépare comme un audit qu’on veut réussir, en travaillant les fondamentaux — hygiène, chiffrement, localisation, sous-traitance — que l’on peut auto-évaluer en amont avec le service gratuit MonServiceSécurisé de l’ANSSI, et qui servent de toute façon le RGPD et NIS2.

Legiscope automates this for you

Stop doing compliance manually. Legiscope's AI handles ROPA creation, DPA audits, and gap analysis — in minutes, not weeks.

Start free trial
TD
Written by
Fondateur de Legiscope et expert RGPD

Docteur en droit de l'Université Panthéon-Assas (Paris II), 23 ans d'expérience en droit du numérique et conformité RGPD. Ancien conseiller de l'administration du Premier ministre sur la mise en œuvre du RGPD. Thiébaut est le fondateur de Legiscope, plateforme de conformité RGPD automatisée par l'IA.

View full author profile →